Margaret Papillon texte Overdose in Crime Royal 21 juillet 2016

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Les éditions Butterfly Publications présente :

Les éditions Butterfly Publications présente

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Overdose Texte extrait du recueil de nouvelles « Crime Royal », 2013 ►◄►◄►◄►◄►◄ © Margaret Papillon

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  Overdose « Il est cinq heures du matin à Port-au-Prince, bonjour mesdames et messieurs, bienvenue à notre premier bulletin de nouvelles, vous êtes branché sur le 109.0 FM la radio qui vous apporte du sang neuf tous les jours de votre vie ! » Sur la table de chevet de Léonard Boyer, le radioréveil venait de se mettre en marche. L’homme sursauta dans son sommeil, redressa le tronc. Il prêta une oreille attentive aux grands titres annoncés par la speakerine et, satisfait de ce qu’il avait entendu, il attrapa le transistor qui trônait dans la petite bibliothèque juste au-dessus de sa tête. Il alluma celui-ci où tournait encore le jingle de l’émission. Léonard Boyer qui faisait déjà le geste de se lever du lit, s’immobilisa pour prêter attention à ce qui allait se dire tout de suite après le thème sonore : « Vous êtes branché sur le 129.0 FM, la radio qui vous écoute ! Bon réveil tout le monde, content de vous avoir avec moi pour notre premier magazine de nouvelles : l’actualité en 10 minutes ! Nos grands titres ce matin : L’opposition confirme la tenue de la manifestation organisée dans le but de renverser le gouvernement. Le Conseil électoral annonce son désaccord avec l’exécutif concernant les prochaines joutes électorales pour le renouvellement d’un tiers du sénat. Nouvelle grève à la Minoterie d’Haïti …

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Le dossier des boat people fraîchement arrivés sur les côtes de la Floride fait encore des vagues… avec notre correspondant à Miami… La suite… après les slogans publicitaires de nos commanditaires ! Satisfait de ce qui avait été dit, Léonard Boyer s’étira en bâillant une dernière fois, déposa un baiser sur le front de sa femme et attrapa le transistor avec lequel il s’apprêtait à se rendre dans la salle de bain. – Léo, arrête de prendre le pouls du monde et de ce foutu pays au saut du lit, protesta son épouse excédée, tu fatigues ton cœur inutilement . Au moins, s’il y avait des choses agréables et intéressantes à écouter, j’aurais compris ton engouement. Mais, ce sont comme des redites… il n’y a que les dates qui changent. On ne parle que de catastrophes dans ces bulletins. Et, cela fait vingt-cinq ans depuis que cela dure . Tu dis souvent que tu veux toujours avoir des nouvelles fraîches, mais on te sert du réchauffé depuis un quart de siècle parce que ce sont les mêmes problèmes qui reviennent sous une autre forme et avec d’autres acteurs… c’est tout ! – Vingt-cinq ans ? répéta Léonard Boyer ahuri. Tu crois ? Vraiment le temps m’a filé sous le nez ! Hier encore Jean-Michel Daudier faisait un tabac avec sa musique «  Lè m pa wè soley la  » pour marquer le pas à la révolution…

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– Mais, bien sûr, un quart de siècle bien sonné s’est écoulé. Depuis la chute de la dictature en 1986, date à laquelle les langues se sont déliées, tu en as fait une obsession ! Pourtant, le pays n’a fait que régresser rendant caduque toute cette affaire de nouvelles par-ci par-là. À croire que le départ des Duvalier n’aura servi qu’à enrichir les propriétaires de stations de radios. C’est aussi une forme d’intoxication dont tu dois absolument te défaire sous peine de détruire ta santé. À plus de 60 ans, tout ce stress devient dangereux… – Je pense que cette vieille habitude est due au fait que l’on avait été privé d’informations pendant longues années. Facile donc de tomber dans l’excès contraire ! Mais, cela me plaît, je ne peux vraiment pas m’en passer ! Allez, on en parlera à une prochaine occasion, le devoir m'appelle ! Et il se dirigea vers son lieu d’aisances. Arrivé sur place, il posa l’appareil sur la table de toilette et allongea le bras pour allumer un autre poste qui l’attendait sur le bord de la fenêtre de sa cabine de douche ; lui-même fixé sur le 102.3 FM, l’antenne des lève-tôt.

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Les deux postes jouaient en même temps que cela ne le dérangeait pas. De temps en temps, il prêtait l’oreille à l’un ou à l’autre. De toute façon, le vacarme que ferait bientôt l’eau du bain allait le priver sous peu de l’écoute de celui situé sur la tablette. L’important était qu’il ne puisse rien rater de ce qui se disait. Sa lubie, comparer la pertinence des propos de tout un chacun. C’est ce qu’il appelait, pompeusement , une « vérification » de sources ! Il repensa un instant aux réflexions de sa femme et il en éprouva un certain agacement, car les « nouvelles » étaient pour lui une véritable addiction… une raison d’être ! En effet, il s’était procuré un nombre incalculable d’appareils pour assouvir sa soif perpétuelle d’actualités locales. Pour être honnête, il faut avouer que depuis 1986, dans ce petit pays d’Haïti, la vie politique était toujours comme sur une corde raide. De gouvernements provisoires en coups d’État militaires, d’élection en élection, les pauvres oreilles des citoyens n’avaient jamais le temps de souffler. L’esprit de ces derniers devait rester alerte, car la Nation allait d’une crise à l’autre avec un long convoi de grèves et de manifestations en tous genres.

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Ils en avaient vu aussi des vertes et des pas mûres avec une kyrielle de journalistes qui poussaient comme des herbes folles et dont le manque de préparation était patent. Il y en avait un, particulièrement, qui l’horripilait au possible à force de répéter : «  désormais, à partir de dorénavant…  » ou «  tout à coup soudain bref  », comme en un seul mot s’il vous plaît, au début de ses phrases convaincu que ses propos avaient un sens. Sans compter ceux de la section créole qui utilisaient toutes sortes de néologismes de leur cru. Tout se parlait, tout se disait ! Vraiment , une masse d’informations qui ne sauraient rester sans conséquence sur le cerveau humain. Léonard Boyer connaissait même tous les présentateurs de nouvelles et devisait sur leur compte comme si ceux-ci étaient ses amis intimes. 6 heures 30… C’est l’heure du breakfast  ! Léonard Boyer dont la toilette avait pris fin, toujours armé de son transistor, se dirige vers le salon pour prendre son petit-déjeuner. Il demande à la bonne d’allumer la chaîne stéréo qui elle, est toujours sur le 94.5 AM, pendant qu’il mettait la télé pour capter… les nouvelles. Il tombe en plein sur une manifestation qui s’était tenue hier dans la ville de X.

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Les habitants de cette petite localité, à la veille de la saison pluvieuse, réclamaient, à cors et à cris, la restitution d’un pont prêté à la ville d’Y depuis deux ans. En effet, malgré les nombreuses promesses faites en ce sens le nécessaire n’avait jamais été fait. Léonard Boyer avala ses toasts, les yeux rivés à son récepteur, oubliant qu’il avait visionné ces mêmes images le jour précédent. Et puis, qu’importe… cela lui faisait toujours du bien de les revoir. Il continue de manger en prenant connaissance des meurtres perpétrés sur toute l’étendue du territoire, du refus des sénateurs de voter la loi concernant le blanchiment d’argent, des anarchistes qui avaient envahi l’enceinte de l’Université, de la compagnie électrique qui annonçait un rationnement sévère de l'énergie et du même  coup la hausse du kilowatt… le comble du paradoxe ! Il y avait bien là de quoi assommer un bœuf, mais notre fana-tique enragé de nouvelles restait imperturbable… il ne voulait qu’avoir sa dose. La dernière bouchée de pain avalée, notre homme est maintenant pressé, car il a perdu un temps fou à écouter tout ce qui se disait, avant de se lever de table. Impossible de parcourir la distance qui le séparait de sa voiture sans son transistor, il risquait de rater quelque chose d’essentiel… le commentateur ayant annoncé un flash de dernière heure

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tout de suite après la pause publicitaire. Il exige alors que son épouse lui tienne son récepteur tout en lui emboîtant le pas (ses mains à lui sont chargées de son attaché-case, de dossiers, d’une boîte à lunch, de son ceinturon et de sa cravate. (Hélène se demande toujours à quoi bon se réveiller tôt si c’est pour être perpétuellement en retard). Allez donc comprendre les choses ! Hélène Boyer est autorisée à éteindre le poste qu’elle porte seulement au moment où son époux aura allumé la radio de sa voiture. Là, il se branche sur le 88.7 FM et se laisse bercer par la voix alarmiste de la présentatrice… des news. À ce moment, il soupire d’aise, fait un dernier salut à sa dulcinée tout en lui rappelant qu’elle devra l’attendre dans l’après-midi, à 5h00 précises, à la même place, avec le poste fixé sur le 102.3 FM pour… refaire le chemin en sens inverse. Et soudain, plus pressé que jamais, car il doit prendre au passage son quotidien « Haïti Libre » chez l’épicier du coin, avant la rupture de stocks. Il écrase son pied sur l’accélérateur et démarre en trombe, le volume de sa radio poussé à son max ! En bref, la tête de Léo Boyer était farcie de mots comme : actualités, annonce, brève, bulletin , communiqué, flash, informations, journal (parlé ou télévisé), nouvelles, exclusivité, pri - meur , scoop ! Un véritable capharnaüm !

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tout de suite après la pause publicitaire. Il exige alors que son épouse lui tienne son récepteur tout en lui emboîtant le pas (ses mains à lui sont chargées de son attaché-case, de dossiers, d’une boîte à lunch, de son ceinturon et de sa cravate. (Hélène se demande toujours à quoi bon se réveiller tôt si c’est pour être perpétuellement en retard). Allez donc comprendre les choses ! Hélène Boyer est autorisée à éteindre le poste qu’elle porte seulement au moment où son époux aura allumé la radio de sa voiture. Là, il se branche sur le 88.7 FM et se laisse bercer par la voix alarmiste de la présentatrice… des news. À ce moment, il soupire d’aise, fait un dernier salut à sa dulcinée tout en lui rappelant qu’elle devra l’attendre dans l’après-midi, à 5h00 précises, à la même place, avec le poste fixé sur le 102.3 FM pour… refaire le chemin en sens inverse. Et soudain, plus pressé que jamais, car il doit prendre au passage son quotidien « Haïti Libre » chez l’épicier du coin, avant la rupture de stocks. Il écrase son pied sur l’accélérateur et démarre en trombe, le volume de sa radio poussé à son max ! En bref, la tête de Léo Boyer était farcie de mots comme : actualités, annonce, brève, bulletin , communiqué, flash, informations, journal (parlé ou télévisé), nouvelles, exclusivité, pri - meur , scoop ! Un véritable capharnaüm !

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Dans un carnet de notes, dans lequel il était plongé toute la sainte journée, des indications étaient surlignées en jaune : autoroute de l’information : ensemble des techniques et des dispositifs qui visent à diffuser l’information au moyen de réseaux d’ordinateurs regroupement de réseaux d’ordinateurs permettant de diffuser l’information, ensemble des nouvelles communiquées par les médias. Bulletin d’informations . Information politique, régionale, locale, etc. Il était à peine parti, qu’Hélène éteignait rageusement le poste en soufflant bruyamment. Elle se précipita à l’intérieur pour faire subir le même sort aux autres appareils qu’elle commençait sérieusement à détester par-dessus tout. Elle savait bien que plus tard son cher mari allait tous les rallumer, mais pour le temps de son absence, elle aurait au moins une paix royale. La mauvaise habitude de ce dernier l’avait même privée de ses enfants chéris. En effet, certains d’entre eux avaient préféré partir pour l’étranger et les autres avaient convolé en justes noces rien que pour échapper à cet enfer sonore. Leur aîné, avait fini par affubler son père d’un sobriquet qui lui allait comme un gant «  Big news  »

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Mais , Léo n’abandonna pas son addiction pour autant, convaincu que le pays d’Haïti finirait par se sortir des griffes de trois décennies de duvaliérisme. Le prix à payer était élevé, mais cela valait quand même le coup, pensait-il. Car c’était bien là que l’acharnement de notre homme avait pris sa source. Son souci premier... que sa terre natale renaisse de ses cendres  ! Pour avoir été toute sa vie un opposant farouche à cette effroyable dictature qui avait rendu « la perle des Antilles » grabataire, il espérait chaque jour que son bout d’île se relèverait enfin de cette abomination. Il voyait des lueurs d’espoir dans les ténèbres les plus opaques . Néanmoins, son optimisme lui faisait du bien et il restait persuadé qu’une fleur allait finir par pousser en ce milieu désertique et que cette transition qui s’éternisait en longueur arriverait certainement un jour à son terme. Ouf  ! Hélène pouvait enfin profiter du silence. Elle le savourait même à petites « gorgées » comme elle l’aurait fait pour un bon café. Elle en avait vraiment marre de toute cette pollution sonore ! Cela lui faisait de la peine de constater combien son mari pourrait se laisser broyer par une overdose d’informations. Il finirait, un de ces quatre, par payer cher son désir effréné d’être informé.

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Surtout qu’elle en avait vu de toutes les couleurs avec ces fameuses infos. Des histoires souvent inénarrables avec des pléonasmes et des lapsus et des fautes de syntaxe incroyables. En tant qu’ancienne professeure de français cela l’affectait particulièrement. Par exemple ce sénateur qui, en pleine séance à l’Assemblée législative, avait déclaré haut et fort, avec tout le sérieux du monde que le pays d’Haïti allait de «  bîme en bîme » jusqu’à l’abîme final, tout en étant persuadé que ses propos avaient un sens. Il lui avait été donné d’assister à une comédie des plus cocasse : au cours d'une discussion houleuse à la chambre basse, un député gueulait : « Je suis un parlement ! » son voisin de table , s’apercevant de son erreur, lui fit un petit coup de coude et lui murmura : « taire ! » comme pour lui suggérer la terminaison manquante qui… ferait de lui un… « parlementaire ». Mais, l’autre, ne comprenant pas la nature de l’intervention de son collègue continuait de vociférer : « Je suis un parlement ! » et le souffleur de recommencer son manège… et la scène de se répéter une troisième fois et le parlementaire, énervé au possible, fini par hurler : « Non, je ne me tairai pas, car je suis un parlement  ! » Il ignorait même l’entorse qu’il avait faite à la langue et était persuadé que son camarade lui refusait son droit à la parole.

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Ou encore ce gars de l’opposition qui se lamentait sur le fait que le pays avait fait un «  back en arrière  » et que le président de la République commettait, à son insu, une grave «  faute d’erreur  » en voulant amender la Constitution. Elle se souvenait, comme si c’était la veille, de ce président provisoire, alcoolique comme pas deux, venu raconter à la Nation en danger de mort, puisque l’armée américaine, la plus puissante au monde, menaçait d’envahir à nouveau Haïti afin de restaurer « la démocratie », qu’il était prêt à engager le pays dans ce combat mortel, car le gouvernement possédait une arme chimique appelée « poudre zombie » capable de terrasser 20.000 soldats ennemis en un tour de main. De plus, les troupes haïtiennes détenaient une artillerie hypersophistiquée… composée de, tenez-vous bien, deux cent mille guêpes « téléguidées » qui, sur un simple mot d’ordre, feraient la peau aux Yankees. Pour comble de ridicule, quand les américains débarquèrent il n’y eut pas le moindre coup de feu. L’armée haïtienne, la queue entre les jambes, tel un chien se sachant fautif, se rendit à l’adversaire de son plein gré ; alors que l’un de ses généraux avait été au palais législatif, la veille, pour annoncer : « Au premier coup de canon, les villes disparaissent, la Nation est debout ! » une phrase énigmatique que les citoyens médusés, près de vingt ans plus tard, cherchent encore à en comprendre le sens.

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La malice populaire avait insinué que ce haut gradé s’était trompé sur l’orthographe du mot « villes » et qu’au fait il avait voulu dire « vils » en se référant aux militaires, les farceurs, qui s’étaient débarrassés de leurs armes et de leurs uniformes pour se soustraire à l’obligation de se battre. La « poudre zombie » et les 200.000 guêpes télécommandées… les Haïtiens les cherchent encore. On n’avait pas idée de jouer ainsi avec la vie de centaines de milliers de personnes ! Le pauvre Léo avait été tellement déçu de la tournure des événements. Lui, qui avait passé toutes ses soirées à écouter Serge Beaulieu rabâcher : « Nous n’avons pas une gourde, mais nous travaillons pour la démocratie ! » sur Radio Liberté jusqu’à des heures indues… jusqu’à … en perdre le sommeil ! Et Monrepos A., ce candidat au sénat de la République qui avait demandé à la population de lui accorder son vote, car il voulait annoncer une bonne nouvelle à sa femme au moment où il irait voir celle-ci en Afrique, pour ses couches , alors qu’il était resté éloigné d’elle… depuis 24 mois. Alors , qui était le père de « son » enfant ? Il avait été la risée de toute une population ! Faire une telle déclaration dans le journal télévisé de la Radio nationale, une station qui couvrait le territoire tout entier du pays, tenait du suicide !

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Et … ce quidam, analphabète, qui avait participé à l’attaque contre les étudiants de l’Université , dont la télévision d’État, ce puissant organe de presse, avait tenu à rapporter les propos rien que pour justifier les actes barbares du gouvernement… envers la jeunesse estudiantine (une véritable abomination !) Cet individu ne se lassait pas de répéter, à tout bout de champ, et à qui voulait l’entendre que ses enfants à lui seraient, docteur, ingénieur, agronome, etc., mais ne deviendraient jamais des « étudiants », mot dont il ne comprenait pas le sens, car il l'associait à un corps de métiers. Il accusait ces pauvres enfants de ne rien faire d’autre que de regarder la télé la journée entière alors que ceux-ci ne faisaient que suivre leurs cours et faire leurs devoirs sur les ordinateurs de la faculté. Ce sont les réseaux informatiques qu’il qualifiait de télévisions. Quelle tristesse ! Et Maître L. C. Nèrette, un candidat à la présidence, qui était venu, dans un organe de presse, protester énergiquement contre les résultats du dernier scrutin. Ses griefs : le représentant du conseil électoral qui avait  promulgué le bilan des urnes en disant : Maître L. C. Nèrettes pour le département de l’Ouest : 1 voix, était un menteur ! Son réquisitoire, l’élection était frauduleuse… ses arguments …

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c’est qu’il avait une femme et sept enfants. Déclarer publiquement qu’il n’avait qu’une voix à son actif était un véritable scandale, une offense personnelle et équivaudrait à dire qu’il avait été le seul à s’accorder un vote. Alors, à qui avait été le bulletin de sa « petite » famille… nombreuse ? Il réclamait à cors et à cris ses huit autres suffrages, ô crime de lèse-majesté ! On aura tout vu ! Et dire que le gagnant de ladite élection avait obtenu, de son côté, l’aval de millions d’électeurs ! Quelle vie ! * * *   Quelques mois plus tard… en janvier 2011. Il faut croire que ce pays était condamné à subir toute sorte de catastrophe et de tremblement de terre. Après celui de janvier 2010 vint celui, aussi dévastateur… de janvier 2011. On dit que l’on meurt souvent de ce qu’on aime le plus… c’était sûrement vrai ! Par une belle journée fraîche et ensoleillée du premier mois de l’année, Léonard Boyer allait avoir la plus époustouflante surprise de sa vie .

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Il était allongé lascivement sur son rocking-chair, se saoulant à petite dose d’informations, quand brusquement un scoop le fit sauter au plafond. Une présentatrice, d’une voix pressée et essoufflée, annonçait le retour impromptu de… Baby Doc dans son pays. Notre fou de news pensait avoir mal compris. Il se leva précipitamment pour se rapprocher du poste d’où avait jaillie cette erreur gravissime. Il augmenta sensiblement le volume de l’appareil et ouvrit grand ses oreilles. Ses yeux lui sortirent presque de la tête lorsqu’il entendit à nouveau l’information qui passait maintenant en boucles. Il fixa l’almanach accroché au mur pour être certain de ne pas être en avril, mais bien en janvier. Donc, pas question que tout ceci rentre dans le cadre du jour des poissons d’avril… jour suprême des plaisanteries de mauvais goût. Alors , c’était loin d’être une farce ! Il poussa, tout à coup, un long cri de détresse. La vexation l’étouffait ! Vingt-cinq ans à écouter les informations pour revenir au point de départ. Quel malheur ! – Oh, merde ! Oh, merde ! Oh, MERDE ! lâcha-t-il soudain hors de lui.

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Hélène accourut pour tenter de comprendre l’objet de tant de hargne. – Qu’est-ce qui t’arrive, Léo ? demanda-t-elle affolée. – Le Ciel me tombe sur la tête ! lui répondit son mari hurlant toujours. La bonne et le garçon de cour, alertés eux aussi par les cris de rage de leur patron, étaient venus aux... nouvelles. – Non, non et non ! Ils ne peuvent pas nous faire ça ! Continuait de gueuler le maître de céans. Et là, ce fut le « branle-bas » général. Léonard Boyer allait de pièce en pièce, les trois autres lui emboîtant le pas, et s’emparait de tous les appareils radios et le leur mettait dans les bras jusqu’à ce que le compte fut bon. – Suivez-moi ! leur ordonna-t-il alors. Il se dirigea vers le salon, le visage congestionné et le corps tout entier tremblant d’un accès de rage contenue et alluma la télé. Et sous les yeux médusés de la petite assis- tance, les premières images du retour de l’ex-dictateur leur sautèrent à la gorge. Une foule, d’amnésiques, indignes, (jugea Big news ), en liesse, était venue accueillir le fils du tigre à l’aéroport. Et , ce qui devait arriver… arriva ! Léonard Boyer poussa un interminable cri d’effroi et tomba raide à la renverse. * * *

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Le jour des funérailles de Léonard Boyer, au salon funéraire, sur demande de son épouse, les musiques de circonstance avaient été remplacées par les thèmes musicaux des émissions de nouvelles préférées du défunt. Hélène avait aussi apporté le fameux transistor avec lequel elle l’accompagnait jusqu’à sa voiture tous les matins et l’avait placé la mort dans l’âme, juste à côté de lui dans son cercueil... branché sur les nouvelles de 16 heures. Les larmes de la pauvre veuve et des enfants de «  Big news  » étaient intarissables lorsqu'il fallut fermer la bière du disparu. Hélène fit un ultime baiser à son homme et reprit le transistor afin que ces messieurs des pompes funèbres puissent sceller le cercueil. – Adieu Léo, dit-elle au moment où le couvercle se refermait. Elle allait éteindre la radio quand le présentateur annonça : – Flash, dernière heure… Et … SURPRISE…

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Le cercueil se rouvrit brusquement et le buste de Léonard Boyer se redressa comme mû par un ressort. Il arracha l’appareil des mains de son épouse et retomba aussitôt dans sa bière entraînant avec lui les "dernières" nouvelles… C’est dans un fracas terrible que le couvercle de la bière se referma, plongeant l’assistance entière dans une stupéfaction totale. Après , on n’entendit plus que des cris d’effroi et l’écho de pas précipités décroître dans l’enceinte de l’église !   Miami, Florida, 2011 Jour de la Saint-Paul, patron de la presse.

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© copyright 2016 Margaret Papillon & Butterfly Publications   Avertissement   Les personnages décrits et les faits relatés dans ce texte sont absolument fictifs. Toute ressemblance avec une quelconque réalité serait purement accidentelle.

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